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Ryan Adams – Heartbreaker

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« C’est l’histoire d’un de ces soirs, ou les couchers de soleil sont teintés d’une immense mélancolie,
C’est l’histoire d’un de ces soirs, ou j’aimerais être un cowboy à la recherche de son cheval décédé,
C’est l’histoire d’un de ces soirs, ou je fumais ma clope sur mon balcon en me disant que la vie est une pute qui fait le trottoir, enceinte, pour manger un kebab – Quelle sauce ? Mh, toute les sauces, parce que ça ne coûte pas plus cher – » Anonyme, pensée d’un folkeux qui habite entre Barbès et Pigalle

Il y a deux sortes de chanteurs folkeux…

Il y a deux sortes de chanteurs folkeux chantant l’amour perdu, la mélancolie et la déprime : Ceux qui larguent et ceux qui se font larguer. L’album dont je vais vous parler a été écrit par les seconds. Ceux qui pensent que la vie leur a chié dessus et qui remettent en cause leur compréhension du genre féminin.  Débraillés, les cheveux vaguement hirsutes à cause de nuits un peu trop courtes, ils noient leur amour déchu dans une pinte de bière un peu trop chaude. Le regard dans le vague, ils écoutent la rhétorique implacable de leurs potes compatissants mais un peu trop lucides : « C’était pas une fille pour toi ! Elle te bridait mec ! C’est tant mieux comme ça ! ». Mais ? MAIS ? t’aurais pas pu me le dire avant, bougre de con ? Le chanteur rentre chez lui, allongé dans son lit, il refait les constellation de son plafond. La tête en vrac, il ressasse.  Alors il prend sa guitare et écrit son disque.

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Heartbreaker, l’incontournable inconnue

Ce disque, c’est Heartbreaker de Ryan Adams. Probablement inconnu pour vous, cet album est incontournable. Pourtant cité par plusieurs médias spécialisés, comme un des meilleurs disques de sa décade (à coté des premiers albums de Muse et des White Stripes), classé même dans les charts US et britannique, lors de sa sortie, il n’en demeure pas moins discret. Ryan Adams se paye même le luxe d’être cité depuis 4 années de suite dans les albums de l’année de Rolling Stones. Vous l’avez surement déjà entendu dans des séries ou des films. Usé et surusé par l’industrie audiovisuelle, il est de ces artistes qu’on reconnait vaguement de loin. Au pire, on l’a shazamé, au mieux, on a chargé un jour une de ces chansons parce qu’elle semblait bien quand le héros meurt ou pleure après une mauvaise journée. Et pourtant… quel album !

Heartbreaker est un chef d’oeuvre, et je pèse mes mots. En 2000, lorsqu’il le compose, il n’est pas un inconnu dans son pays natal. A la tète de WhiskeyTown, un groupe de folk indé, il s’est fait un petit nom a, à peine 20 ans, dans le milieu de la country et autres musiques nashvilliennes. Les critiques le voient alors comme le Kurt Cobain de la musique bluegrass américaine. Les deux albums Strangers Almanac et Pneumonia ont fini d’inscrire sa voix débraillée dans la constellation des groupes du genre. Le monsieur eu le bon gout de se faire produire par le père des meilleurs albums de REM. Après la dissolution du groupe, il décide alors de se lancer en solo et balance Heartbreaker, comme un malentendu en plein milieu de l’année 2000.

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L’album d’une rupture annoncée

Comment parler décemment de ce disque ? Je vous dirais bien de prendre un casque et de vous installer dans un fauteuil bien confortable. Choisissez une de ces soirées ou vous n’avez pas grand chose à foutre. Vous fumez ? Préparez un cendrier et un paquet plein. Vous ne fumez pas ? Sérieux, vous déconnez… Prenez un whisky. Le disque commence sur une de ces discussions qui émaillent les enregistrements en studio. Ryan s’engueule avec son guitariste sur Morissey avant de se lancer sur To Be Young la première chanson de l’album. « One ! Two ! Woooh ». Celle-ci démarre sur un rythme effréné, dans un pure style Highway Sixty One de Bob Dylan. Ryan Adams balance d’un ton enjoué « T’étais jeune, et t’es devenu triste, c’est pour ça que t’as pris de la hauteur », comme une annonce de sa nouvelle maturité. Le ton est donné.

Commence alors le drame. My Winding Wheel, ballade acoustique rythmée sonne comme un train en marche. C’est une demande faite par un amant à bout de souffle: « Habille toi, fais toi belle pour celui qui me surpassera ». Viens alors Amy. Dans cette courte chanson ou seule la guitarre mène la danse, la voilà, partie, ne reste que l’absence. Viens alors la première perle de l’album « Oh My Sweet Carolina ». Chantée avec Emmylou Harris, légende s’il en est de la country rock américaine (je vous raconterais un jour la folle histoire du corps de Gram Parsons), elle vient se poser calme et déchirante. Elle cristallise dans ses paroles et ses airs cette nostalgie qui nous étreint quand on est loin de chez soi.

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Les 5 étapes du deuil des relations à la con

Bartering Lines est la colère dans les 5 étapes du deuil. Elle annonce les regrets de Call Me On Your Way Back Home. Si la première nous crache à la tronche les déceptions et les rancœurs d’une relation dysfonctionnelle, la seconde s’y résout non sans tristesse. « Oh baby why did i treat you like i did ? Honey i was just a kid ». Elle est le sentiment diffus qui nous étreint quand il n’y a plus de retour en arrière. C’était bien, mais c’est fini. On efface les textos, et les photos souriantes, c’est soldé, c’est fini. Damn, Sam (I love a Women That Rains), c’est cette conversation, un soir de prise de tête ou on demande à son meilleur pote « Attend mec, elle est casse couille, pourquoi je suis avec déjà ? ». Viens alors Come Pick Me Up, le coup de pied ultime dans les couilles. Ce moment ou dans un aveu de dépit, on se dit « Vas y, meuf ! Mets moi plus bas que terre ! Vas y ! Tu es tellement toi quand tu fous le boxon dans ma vie et c’est comme ça finalement que je t’aime ».

Ne reste alors dans cette fin d’album que des ballades ou l’harmonica du désespoir fornique avec la guitare de la nostalgie. Au fond du trou, abandonné, nous voilà au bout du rouleau. Mais voilà qu’avec Shakedown on 9th Sreet, l’espoir renait… Le plaisir de voir une jolie fille… Le retour d’une libido et d’une envie. La conclusion sur Sweet Lil Gal achève l’album comme un espoir d’un passage à autre chose avec une autre.

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Tu viens de te faire larguer ? Heartbreaker !

Je vous avoue avant de préparer cet article, je n’avais jamais fait le lien entre toutes les chansons de ce disque. Je n’avais jamais compris son titre « Heartbreaker/La briseuse de coeur ». Pourtant cela point comme une évidence… Ce disque est une oeuvre de résilience. Passant par tous les états, c’est le cheminement sinueux d’un folkeux en détresse. Plus que l’histoire d’un homme, c’est l’ensemble de nos états changeants. Surement pour cela, que c’est un album unique en son genre. Mieux qu’un Damien Rice ou Bright Eyes, c’est une envolée introspective sur les affres de la rupture, l’histoire de nos regrets et de nos mélancolies après une belle histoire d’amour.

Alors oui, il faut aimer le folk et ses sons particuliers. Les guitares sèches dépressives et l’harmonica geignard, ce n’est pas le gout de tout le monde. Le monsieur se fendra le luxe de pondre juste après Gold, un album plus rock aux multiples visages tantôt folk rock, tantôt country. Plus fourni, il touche surement moins la corde sensible. Si le style vous effraie, ne passez pas néanmoins à coté de To Be Young, Oh my Sweet Carolina, Call Me On Your Way Back Home, et Come Pick Me Up. Au fond du trou, si on devait me laisser que quatre chansons pour me morfondre sur mon propre sort, c’est celle que je choisirais.

Sur ce, protégez vous, bouffez la vie, écoutez HeartBreaker !

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